Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

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C’est d’une incroyable claque littéraire dont je veux vous parler aujourd’hui.

Réparer les vivants.

C’est un livre qui ne s’explique pas, qui ne se résume pas, qui ne se raconte pas mais à propos duquel on a envie de dire plein de choses. J’ai envie de vous dire que j’ai été saisie par la narration, par les détails d’un réalisme extrême, d’une précision décontenançante, par la capacité incroyable de l’auteur à nous faire entrer dans l’esprit de ses personnages, par la justesse de ses mots. J’ai envie de vous dire que l’écriture est unique, qu’elle parvient à expliquer les silences, qu’elle réussit à formuler l’informulable. J’ai envie de vous dire que la syntaxe épouse parfaitement le rythme de la lecture : saccadée, torturée, à bout de souffle. J’ai envie de vous dire que ce livre est une merveille absolue.

 » Ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce qu’il a filtré, enregistré, archivé, boîte noire d’un corps de vingt ans, personne ne le sait au juste, seule une image de corps en mouvement, créée par ultrason pourrait en renvoyer l’écho, en faire voir la joie qui dilate et la tristesse qui resserre, seul le tracé d’un électrocardiogramme, déroulé depuis le commencement pourrait en signer la forme, en décrire la dépense et l’effort , l’émotion qui précipite […] quand le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, lui, échappe aux machines, nul ne sait prétendre le connaître, et cette nuit là, nuit sans étoiles, alors qu’il gelait à pierre fendue  sur l’estuaire et le pays de Caux, alors qu’une houle sans reflets roulait le long des falaises, alors que le plateau continental reculait, dévoilant ses rayures géologiques, il faisait entendre le rythme d’un organe régulier qui se repose, d’un muscle qui lentement se recharge – un pouls probablement inférieur à cinquante battements par minute – quand l’alarme d’un portable s’est déclenchée au pied d’un lit étroit, l’écho d’un sonar inscrivant en bâtonnets luminescents sur l’écran tactile les chiffres 05:50, et quand soudain tout s’est emballé. » 

8 commentaires sur « Réparer les vivants de Maylis de Kerangal »

  1. Ah ben dis donc, pour un coup de cœur, ça a l’air d’être un vrai coup de cœur! Et comme je te fais confiance, comme j’ai aimé l’extrait et comme j’apprécie de découvrir des auteurs que je ne connais pas, je le note sur ma liste à lire…! 😀 Bonne journée, bisous.

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