Une putain de claque littéraire : Camille, mon envolée de Sophie Daull

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Le livre déposé sur l’accoudoir de mon canapé. Telle est la périphrase que je pourrais utiliser pour désigner ce triste bijou qu’est Camille, mon Envolée de Sophia Daull. Je l’ai acheté, il y a 3 semaines et je l’ai laissé en évidence sur l’accoudoir de mon canapé, je lui ai tourné autour, j’ai lu au moins 6 fois la quatrième de couverture. Sans l’ouvrir. Car je savais de manière assez instinctive qu’il s’agissait d’un livre qui n’a pas la vulgaire vocation d’être commencé pour occuper un quart d’heure vacant. J’ai attendu un soir où le programme télé ne me disait rien, je me suis lovée dans une couverture légère comme l’aile d’un ange et j’ai fait glissé de l’accoudoir à mes mains l’objet que François Busnel de La Grande Librairie définit comme : « Un livre inouï, superbe, d’une force totale. » Cher Monsieur Brusnel, les mots dont vous usez pour parler de ce texte sont d’une justesse infinie, d’une vérité implacable, d’une précision incroyable mais permettez-moi d’utiliser un terme qui vient à mon humble avis compléter votre phrase : chef d’œuvre. Le substantif semblera hyperbolique pour certains mais c’est celui qui vient à mon esprit actuellement, au moment T, lorsque je rédige cet article, quelques minutes après avoir achevé ma lecture. Le récit de Sophie Daull m’a écorchée. Raconter les 4 jours d’agonie de son enfant et les jours qui ont suivi sa mort est une entreprise malaisée mais la plume de cette mère, qui tragiquement en traversant l’horreur, se découvre et se révèle écrivaine, est d’une beauté incommensurable. Elle parvient à retranscrire avec talent la douleur, la souffrance, le chagrin qui est le sien d’une manière telle que notre estomac se noue, se soulève à la lecture de chaque mot, de chaque virgule, de chaque point.

C’est impératif. Il faut, c’est nécessaire, acheter ce livre pour sa beauté, pour son émotion, pour Sophie Daull. Pour Camille. 

Haute-Marne – jeudi 9 janvier 2014 

Tu es enterrée depuis une semaine exactement. Sans ton cœur ni ton cerveau. Ils sont à l’étude au service des autopsies de La Pitié -Salepêtrière. Ici mon chaton, c’est la Maison Laurentine. Toi n’y es venue qu’une fois, c’était à la Toussaint de tes 14 ans je crois. Tu as mangé une tarte Tatin et goûté un thé compliqué en écoutant causer les adultes de la mauvaise marche du monde. Tu t’y es emmerdée grave, comme toujours depuis quelques années quand tu étais toute seule en vacances avec les parents. Mais j’ai choisi cette maison pour essayer de mettre au propre et de donner une suite aux quelques lignes que ton papa et moi avons griffonnées sur un cahier bleu, cinq jours après ta mort. J’ai commencé à y écrire le 28 décembres à Criel-sur-Mer, dans la baignoire de cette chambre d’hôtel offerte par Carole. Le cahier était sur mes genoux repliés, la vapeur rendait le papier poreux et le stylo marchait mal. Je pensais surtout à toi qui lisais dans le bain des heures entières, même après que l’eau s’était refroidie. Le cahier est de marque Oxford avec couverture plastifiée mais sans spirale comme tu les aimais ; nous l’avions acheté quelques heures auparavant dans l’épicerie tabac boulangerie d’un village Picard en route pour la mer, un village qui s’appelait, et qui s’appelle toujours Crèvecoeur. Depuis mon cœur crèvé je vais faire ça, raconter ta mort, ta maladie, ton agonie. Du jeudi 19 au lundi 23 décembre ; quatre jours, trois petits tours et puis s’en vont. […] Je promets que je vais forcer mes mots pour qu’ils échappent au sirop de deuil un peu gluant, poème pompeux, élégie larmoyante ; je vais inaugurer ton outre vie avec une plume trempée dans ton regard quand il s’ouvrait grand : franc, droit, lumineux. 

Je commence. 

 

14 commentaires sur « Une putain de claque littéraire : Camille, mon envolée de Sophie Daull »

  1. Rien que de lire les quelques lignes que tu as retranscrites, j’ai les larmes qui débordent de mes yeux. En tant que maman, je ne peux même pas imaginer ce que signifie vivre sans son enfant. Je pense que c’est un livre utile… mais qu’il faut être prêt à le lire. je ne sais pas si mon coeur est assez bien accroché pour cette lecture, pour le moment… Le sera-t-il jamais?

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  2. Merci pour ce super post, ca donne envie de le lire aussi
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    Passe une bonne journée
    ps: un concours est ouvert sur mon blog hier, merci de participer
    bisous en attendant ta participation

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  3. En tant que maman je ne crois pas être capable de lire ce livre, je suis trop sensible et rien que d’imaginer qu’on puisse perdre son enfant j’en ai les larmes aux yeux en lisant ton article! Oui la maternité m’a rendue nian nian lol! qui sait peut-être un jour je passerai le cap ^^

    Aimé par 1 personne

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