Vers le Grand Sud marocain : Essaouira

Lors de notre voyage à Marrakech, nous avons décidé de nous rendre dans la ville que le Guide du routard présentait comme le Saint-Malo marocain : Essaouira. Drôle de comparaison penserez-vous et pourtant …

A bord de notre Kangoo flamboyante, nous effectuons les 172 kilomètres qui séparent les deux villes, croisant sur notre passage des compagnons de route extraordinaires.

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Une nuée de mouettes se dissipe et nous apercevons Essaouira qui se dresse, majestueuse, devant nous.

Après avoir garé notre voiture dans un drôle de parking en terre où le frein à main n’est pas de mise puisque les véhicules y sont déplacés, au fil de la journée, selon l’affluence, nous rejoignons le port qui se trouve derrière les remparts.

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Puis, nous nous aventurons dans la médina, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, bien plus calme et accueillante que celle de Marrakech puisque les engins à moteur y sont proscrits.

Notre estomac criant famine, nous faisant halte au Nectar, un petit restaurant qui se tient dans un coin de la place Khaima, où nous savourons un tajine raisins secs et oignons caramélisés diablement copieux et divinement bon.

C’est rassasiés que nous nous dirigeons vers la magnifique plage d’Essaouira qui s’étend à perte de vue. Nous sommes loin de Marrakech. Le temps s’écoule avec une lenteur très appréciable.

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Nous optons pour une balade dans la ville puis nous retrouvons notre Kangoo de compétition et c’est le cœur lourd que nous disons adieu à Essaouira.

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La vie devant soi de Romain Gary

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Il y a des rencontres qui changent votre vie. Il y a des événements qui changent votre vie. Il y a des livres qui changent votre vie.

La vie devant soi de Romain Gary fait parti de ses livres qui ont bouleversé ma manière de voir les choses, qui m’ont montré quelle voie était la mienne. Je remets tout ça en contexte. Durant mon année de quatrième, il y a deux rencontres. La première : Madame Forest qui fait partie de cette catégorie prestigieuse des enseignants qui parviennent à vous passionner (catégorie dans laquelle j’espère un jour figurer). J’aime déjà énormément le français mais elle exacerbe véritablement ma passion. La deuxième : un livre. Je ne connais pas l’auteur mais l’histoire de cet homme : Romain Gary qui a écrit sous un pseudonyme : Émile Ajar pour s’assurer que ses lecteurs achetaient ses livres pour leur qualité et non pas parce que son nom était écrit sur la couverture m’interpelle déjà. Petite précision : à cet âge, me prenant sans doute pour une érudite parce que j’ai déjà lu Les Misérables, je hais les livres qui usent d’un vocabulaire familier. J’ai déjà laissé dans un coin Vipère au poing outrée à la vue d’un « merde ». Mais n’ayez crainte je ne vais pas jouer la bourgoise coincée bien longtemps.

J’ouvre La vie devant soi et c’est l’hécatombe.

Le langage familier y est très présent mais une poésie extrême se dégage du roman parce que La vie devant soi c’est avant tout une histoire d’amour : celle qui scinde Madame Rosa, ancienne prostituée juive ayant connu Auschwitz et Momo, fils de pute comme il le dit avec beaucoup de naturel, puisque qu’après tout c’est ce qu’il est : un fils de prostituée, petit garçon arabe d’une dizaine d’années. Sous sa familiarité apparente, Momo nous fait redécouvrir le langage. Il utilise les mots dans leur sens premier et détourne donc des expressions figées de la langue française. Ayant, par exemple, entendu les adultes parler d’avortement pour dire qu’une femme n’est plus enceinte, Momo va utiliser le verbe avorter dès l’instant où l’idée de mort est présente.Pourtant, ce qui saisit immédiatement c’est l’extrême vérité des paroles de Momo et la formule : « La vérité sort de la bouche des enfants » prend tout son sens.

« Chez nous c’est encore plus vache que dans la nature, car il est interdit d’avorter les vieux quand la nature les étouffe lentement et qu’ils ont les yeux qui sortent de la tête. Ce n’était pas le cas de Monsieur Hamil , qui pouvait encore vieillir beaucoup et mourir peut-être à cent dix ans (…) C’était quand même triste pour Monsieur Hamil d’être conduit pour pisser et je la les ai laissés là car moi je trouve qu’il faut pas chercher la tristesse. »

Beauté des mots, beauté des sentiments, beauté de l’humanité -et ça c’est rare – tel est le programme attrayant de La vie devant soi.

Laissez-vous charmer, émouvoir, saisir par les formules de Momo :

« Dans la vie, c’est toujours la panique »

 » (…) et il soignait tout le monde du matin au soir même plus tard »

« Je crois que c’est les injustes qui dorment le mieux, parce qu’ils s’en foutent, alors que les justes ne peuvent pas fermer l’œil et se font du mauvais sang pour tout ». Autrement ils seraient pas justes »

« Je raconte ça pour mettre un peu de bonne humeur »

« Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord lui et moi et j’ai rien à en foutre ».

Alors diantre!  précipitez-vous dans une librairie et laissez doucement le récit de Momo changer votre vie.