Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi, 352 pages bouleversantes

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Nous sommes samedi. J’ai téléchargé plusieurs romans sur ma tablette afin de m’occuper durant les 6h30 de route qui nous ramènent depuis Bilbao, où nous étions en week-end, à Perpignan. Je clique sur la miniature du roman de Virginie Grimaldi. J’ai déjà lu un de ses livres Le premier jour du reste de ma vie que j’avais plutôt apprécié. Je n’ai pas lu le résumé du Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie. Ça me ressemble pas. D’habitude, j’aime connaître l’histoire qui s’offre à moi. Je m’attends à une lecture légère, distrayante, agréable. Sans plus. Même si l’alliance de ces trois caractéristiques pour un roman est déjà gage d’intérêt. J’accroche dès les premiers pages. C’est rythmé, on ne s’ennuie pas. Bon choix, c’est sympa, voilà ma pensée. Mais plus les phrases se succèdent, plus le roman se charge d’une dimension supplémentaire. D’un truc en plus. La narratrice, qui souffre de sa récente rupture avec son mari, partage à la fois son existence de mère célibataire entourée de parents, d’une sœur et d’un frère avec qui les relations ne sont pas toujours au beau fixe et à la fois les lettres qu’elle décide d’écrire à son mari au cours desquelles elle ambitionne de lui rappeler leurs souvenirs heureux afin que les effluves du bonheur qu’ils partageaient lui reviennent à l’esprit. Mais parce qu’il existe toujours deux versions d’une séparation, s’ensuivent les missives de l’époux qui sont absolument bouleversantes et éclairent le récit et les blessures de la narratrice. Personnellement, c’est cette partie du roman qui m’a chamboulée. Sans doute parce que l’histoire trouvait un certain écho dans mon histoire personnelle mais également parce que la voix du personnage masculin vient amener quelque chose d’essentiel, de nécessaire. J’ai trouvé ces pages d’une beauté absolue. Je pense que Virginie Grimaldi signe avec ce roman une étape supplémentaire dans sa carrière d’écrivain. L’écriture se fait plus incisive, plus touchante. J’ai aimé chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre. J’ai aimé la narration, la progression du récit, les événements tus parce qu’il n’était pas encore le moment de dire aux lecteurs certaines vérités. D’après les remerciements qui clôturent le livre, on pourrait penser que ce roman n’est pas si romanesque que cela mais peu importe si l’histoire narrée a été vécue ou non, l’auteure nous précipite dans l’existence de Pauline, nous fait ressentir ses douleurs pour que surgissent, peu à peu, ses joies sans doute parce que le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.  

Salut Pauline, 

J’ai lu tous nos souvenirs. je n’en avais oublié aucun. Toi en revanche, je pense que tu as occulté une partie de notre histoire. A mon tour de te rappeler quelques épisodes marquants. Il y en a treize. Le premier est ci-joint. A bientôt. Ben.

La ville orpheline de Victoria Hislop

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Elle est l’une des écrivaines étrangères du moment. Victoria Hislop. Une singularité ? Inscrire ses fictions dans l’Histoire de l’Europe du Sud et décider que ses personnages prendront part aux grands événements du XXème siècle. Mais voilà que j’écris cet article et que je me rends compte que j’ai passé sous silence une première lecture passionnante de Victoria Hislop Le Fil des souvenirs. Un roman qui m’a accompagnée durant notre road trip américain et dont la lecture a été absolument palpitante. Lorsque j’ai vu que l’auteur avait d’autres sagas historiques à son actif, je n’ai pas hésité et La ville orpheline s’est immédiatement retrouvée entre mes mains. Mon enthousiasme a été moindre – il faut dire que je n’avais formulé que des louanges dithyrambique concernant Le Fil des souvenirs – mais l’intrigue demeure néanmoins extrêmement haletante et offre un délicieux moment de lecture. 

On y découvre Aphroditi et son mari, riches propriétaires d’un hôtel de luxe qui vont voir leur établissement sombrer après qu’un putsch grec a plongé l’île de Chypre dans une climat chaotique. Forcés de quitter la ville de Famagouste, le couple laisse derrière lui toute sa fortune ainsi que l’amant d’Aphroditi. Dans la ville abandonnée, deux familles appartenant chacune aux deux camps ennemis : grec et turc persistent à rester et vont devoir survivre silencieusement afin d’éviter que l’armée ne prenne connaissance de leur présence. 

Famagouste était d’or. La plage, les corps des vacanciers et les existences de ceux qui s’y étaient établis, tout était doré par la chaleur et la bonne fortune. L’union du sable, fin, pâle, et de la mer turquoise créait la plus parfaite des baies du bassin méditerranéen, et l’on venait du monde entier jouir de ses températures douces, goûter le plaisir voluptueux des eaux calmes qui venaient gentiment vous caresser. On y avait un avant-goût du paradis. L’ancienne cité fortifiée, avec ses solides murailles médiévales, se dressait au nord de la station balnéaire, et les touristes s’inscrivaient à des visites guidées pour s’instruire sur ses origines, admirer les plafonds voûtés, les détails sculptés et les contreforts de la magnifique bâtisse qui avait autrefois été la cathédrale de Saint-Nicolas et qui accueillait dorénavant une mosquée. Ils découvraient les vestiges de son histoire ancienne, remontant au quatorzième siècle, écoutaient les récits des Croisades, de la prospère dynastie des Lusignan, de l’arrivée des Ottomans. 

Eldorado de Laurent Gaudé

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Lorsque Voltaire entraîne Candide et Cacambo dans le pays d’Eldorado, il présente le monde idéal comme un lieu où la richesse est à portée de tous, où la religion ne peut diviser les êtres, où la violence est absente. Toutefois, c’est parce que cette utopie est trop idéale que Voltaire choisira de faire poursuivre vers d’autres contrées le voyage de ses personnages.

L’Eldorado de Laurent Gaudé n’est pas si éloigné que cela de l’Eldorado de Voltaire.

Il le peint comme un endroit qui permettrait à l’Homme de goûter la saveur si particulière du bonheur. Néanmoins, chacun semble posséder son propre Eldorado. Le commandant Piracci, dont la profession est de surveiller l’entrée clandestine d’immigrés sur l’île de Lampedusa, va commencer peu à peu à douter des convictions qui sont les siennes lorsqu’il prend conscience que son métier consiste à stopper le voyage d’individus qui ne font rien d’autre qu’essayer d’atteindre leur Utopie. Alors que Piracci se met en quête de son Eldorado, Soleiman, un autre personnage, quitte le Soudan à la recherche lui aussi d’une terre idéale.

Le conte philosophique de Voltaire n’a pas beaucoup vieilli si nous considérons que les deux personnages que nous suivons du regard ont une seule ambition : toucher des doigts le bonheur que Candide et ses comparses connaissent, à la fin du récit, en cultivant leur jardin.

Le roman de Laurent Gaudé est véritablement un roman passionnant qui ne vous laissera pas indifférent. Les personnages sont captivants et l’intrigue est extrêmement bien menée.

Pourtant, une question essentielle subsiste : et vous, quel serait votre Eldorado ?